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6 juin 2025 · Cilia

Comment arrêter d’attendre le bon moment ?

Pourquoi attendons-nous souvent le “bon moment” avant d’agir ? Découvre ce qui se cache réellement derrière cette attente et comment retrouver le pouvoir de choisir.

Comment arrêter d’attendre le bon moment ?

Il y a une idée que nous entendons souvent.

Certaines personnes seraient capables de passer à l’action pendant que d’autres auraient tendance à repousser.

Les premières seraient courageuses. Les secondes manqueraient simplement de confiance en elles.

J’ai longtemps trouvé cette explication séduisante. Elle est simple. Trop simple, peut-être. Parce qu’elle laisse entendre que le problème se résume à une question de personnalité. Comme si certaines personnes étaient naturellement faites pour oser, tandis que d’autres étaient condamnées à hésiter.

Pourtant, lorsque l’on s’intéresse à la manière dont nous prenons nos décisions, les choses apparaissent beaucoup plus complexes.

Pourquoi une personne capable de prendre des décisions rapides au travail peut-elle remettre à plus tard une conversation importante pendant des mois ?

Pourquoi quelqu’un qui n’a aucune difficulté à voyager seul peut-il repousser pendant des années l’idée de changer de métier ?

Pourquoi une personne pleine de confiance dans un domaine peut-elle se sentir incapable d’avancer dans un autre ?

Si le problème était simplement un manque de courage ou de confiance, ces contradictions n’existeraient probablement pas. Alors que se passe-t-il réellement ?

Je crois que nous nous trompons souvent sur ce que signifie « attendre le bon moment ». Parce que, lorsque nous prononçons cette phrase, nous avons l’impression de parler du temps. En réalité, nous parlons souvent de tout autre chose.

Attendons-nous vraiment le bon moment… ou une autre version de nous-mêmes ?

Imagine que je te pose une question. Lorsque tu dis :

“Ce n’est pas le bon moment.”

Qu’est-ce qui devrait changer pour qu’il le devienne ? Prends quelques secondes pour y réfléchir.

Les réponses qui viennent spontanément sont souvent les mêmes.

Plus de temps.

Plus d’argent.

Plus d’expérience.

Plus de stabilité.

Mais si l’on gratte un peu sous la surface, une autre réponse apparaît très souvent.

“J’aimerais me sentir plus prête.”

Cette phrase paraît anodine mais je pense qu’elle mérite que l’on s’y attarde, parce qu’elle soulève une question à laquelle nous répondons rarement.

Qu’est-ce que cela signifie, au juste, être prêt ?

Être prêt, est-ce ne plus avoir peur ?

Ne plus douter ?

Être certain de faire le bon choix ?

Avoir toutes les compétences ?

Pouvoir anticiper tout ce qui pourrait arriver ?

Lorsque l’on pousse cette réflexion un peu plus loin, quelque chose devient même plus complexe. Nous attendons souvent un état intérieur que nous sommes incapables de définir précisément... Comme s’il existait quelque part une version de nous-mêmes qui prendrait cette décision sans hésiter.

Une version plus sereine, plus sûre d’elle, plus légitime.

Alors nous attendons de devenir cette personne. Et c’est peut-être là que commence le piège car comment devenir cette personne… sans vivre les expériences qui permettent justement de le devenir ?

Prenons un exemple très simple.

Quelqu’un rêve depuis plusieurs années de créer son entreprise.

Il se dit :

“Quand j’aurai davantage confiance en moi, je me lancerai.”

Cette phrase paraît parfaitement logique. Mais d’où cette confiance est-elle censée venir ? Comment développer la confiance de gérer une entreprise… sans jamais en avoir dirigé une ?

La même question pourrait être posée pour presque tous les grands changements de vie. Comment se sentir prêt à devenir parent avant de l’être ?

Comment être certain de pouvoir vivre seul avant d’avoir quitté le domicile familial ?

Comment savoir que l’on sera capable de parler en public avant d’être monté une première fois sur scène ?

Certaines compétences peuvent évidemment s’apprendre avant l’action. Mais d’autres ne se développent qu’au contact de l’expérience elle-même.

C’est ce paradoxe que nous oublions souvent. Nous attendons parfois que l’expérience nous transforme… avant même d’accepter de la vivre.

Pourquoi notre cerveau préfère souvent une situation imparfaite… à une possibilité inconnue.

Il existe une idée que je trouve particulièrement intéressante en psychologie.

Contrairement à ce que l’on imagine, notre cerveau ne cherche pas en permanence le bonheur. Il cherche d’abord à réduire l’incertitude. C’est une nuance importante.

Lorsque nous pensons à une décision, nous avons souvent l’impression de comparer deux options.

Rester. Ou partir.

Accepter. Ou refuser.

Se lancer. Ou attendre.

Pourtant, notre cerveau ne fait pas uniquement cette comparaison. Il compare aussi deux sensations.

D’un côté, une situation que nous connaissons déjà. De l’autre, une situation dont nous ignorons presque tout.

Et, aussi surprenant que cela puisse paraître, notre cerveau préfère souvent ce qu’il connaît même lorsque cela ne nous rend plus vraiment heureux.

En psychologie, ce phénomène est connu sous le nom de biais du statu quo*. Il décrit notre tendance à préférer la situation actuelle simplement parce qu’elle nous est familière, même lorsqu’un changement pourrait objectivement nous être bénéfique. Ce n’est généralement pas un choix conscient. Face à une décision incertaine, notre cerveau privilégie souvent ce qu’il connaît déjà, car ce qui est familier lui paraît, à tort ou à raison, moins risqué que ce qui est inconnu.

Prenons un exemple. Imaginons une personne qui n’aime plus son travail depuis plusieurs années.

Chaque dimanche soir, elle ressent cette boule au ventre. Elle sait que quelque chose ne lui convient plus. Alors pourquoi ne part-elle pas ?

La réponse paraît évidente :

“Parce qu’elle a peur.”

Oui. Mais peur de quoi, exactement ? De ne pas retrouver un emploi, de perdre en salaire, de regretter, de décevoir ses proches, de découvrir que le métier dont elle rêvait ne lui plaît finalement pas davantage.

Autrement dit, elle ne compare pas seulement son travail actuel avec un autre. Elle compare une réalité qu’elle connaît déjà avec une réalité qu’elle est incapable d’imaginer précisément.

Cette difficulté face à l’inconnu est aujourd’hui bien documentée en psychologie. Les chercheurs parlent d’intolérance à l’incertitude**. Il ne s’agit pas d’une peur de l’inconnu à proprement parler, mais d’une difficulté à supporter le fait de ne pas savoir ce qui va arriver. Plus cette incertitude est difficile à tolérer, plus nous avons tendance à repousser certaines décisions, à chercher toujours plus d’informations ou à vouloir éliminer tous les risques avant d’agir. Le paradoxe, c’est qu’une partie de cette incertitude ne disparaîtra jamais complètement.

Je trouve cette idée importante, parce qu’elle permet de porter un regard beaucoup plus bienveillant sur nous-mêmes. Il ne s’agit pas d’un manque de volonté, ni d’un défaut de caractère. C’est une manière profondément humaine de fonctionner.

Le problème, c’est que ce mécanisme, qui nous protège dans certaines situations, peut aussi finir par nous enfermer.

Quand attendre devient une façon d’éviter.

Attention, attendre n’est pas toujours une mauvaise chose. Il y a des décisions qui méritent du temps.

Changer de métier.

Acheter une maison.

Quitter une relation.

Créer une entreprise.

Toutes ces décisions gagnent à être réfléchies. Prendre son temps n’est donc pas le problème. La difficulté apparaît lorsque l’attente ne change plus rien.

Imagine quelqu’un qui souhaite créer son activité. Il lit des livres, suit une formation, écoute des podcasts, affine son projet, refait son business plan, puis recommence... Pendant des mois. Parfois pendant des années.

Vu de l’extérieur, cette personne est très active, elle travaille sur son projet, elle apprend, elle progresse. Pourtant, une question mérite d’être posée.

Est-ce que toutes ces actions la rapprochent réellement de sa décision ?

Ou bien lui permettent-elles de repousser le moment où elle devra accepter que certaines réponses ne viendront qu’en faisant ?

Je crois que cette frontière est très difficile à voir parce que l’évitement ne ressemble pas toujours à de la fuite. Parfois, il prend l’apparence de la préparation et c’est précisément ce qui le rend si difficile à reconnaître.

Ce que nous craignons n’est pas toujours l’échec.

On dit souvent que nous avons peur d’échouer.

Je ne suis pas certaine que ce soit toute l’histoire, parce que certaines personnes n’ont pas peur de travailler, ni de faire des efforts, ni même de recommencer après un échec.

En revanche, elles redoutent profondément une autre chose : que leur décision leur révèle quelque chose sur elles-mêmes.

Prenons un exemple.

Tu rêves d’écrire un livre. Tant qu’il reste dans ton ordinateur, il est encore rempli de possibilités.

Peut-être qu’il touchera des milliers de personnes ?

Peut-être qu’il sera publié ?

Peut-être qu’il changera même une vie ?

Tout est encore imaginable.

Mais le jour où tu l’envoies à une maison d’édition, ou que tu le publies, quelque chose change. Ton projet cesse d’être une idée. Il devient une réalité. Et une réalité peut être refusée, critiquée, ignorée.

Et je ne parle pas seulement du livre. Toi aussi.

Et c’est une peur dont on parle très peu parce qu’au fond, nous n’exposons pas uniquement un projet, mais aussi une partie de notre identité.

Et c’est sans doute pour cette raison que certaines décisions nous paraissent si vertigineuses. Elles ne menacent pas seulement nos résultats. Elles semblent parfois menacer l’image que nous avons construite de nous-mêmes.

Lorsque cette possibilité apparaît, attendre devient extrêmement rassurant, car tant que nous ne faisons rien, cette image reste intacte.

Nous pouvons continuer à croire que nous aurions réussi, que nous étions capables, que ce projet aurait fonctionné. L’action, elle, ne laisse plus de place à l’imagination.

Elle confronte nos espoirs à la réalité. Et cette confrontation demande beaucoup de courage.

Pourquoi certaines personnes passent-elles plus facilement à l’action ?

À ce stade, une question reste entière.

Si nous avons tous un cerveau qui cherche à limiter l’incertitude, pourquoi certaines personnes semblent-elles prendre des décisions avec une facilité déconcertante ?

Seraient-elles simplement plus courageuses ?

Je ne le crois pas.

En réalité, les recherches en psychologie montrent que nous ne percevons pas tous le risque de la même manière. Deux personnes peuvent être confrontées à une situation identique sans lui attribuer les mêmes conséquences.

Imaginons que deux personnes envisagent de créer leur entreprise.

La première pense :

“Si ça ne fonctionne pas, j’aurai appris énormément de choses. Je pourrai toujours retrouver un emploi.”

La seconde pense :

“Si ça ne fonctionne pas, j’aurai perdu mes économies. Je vais décevoir mes proches. Je vais prouver que je ne suis pas capable.”

Objectivement, elles prennent le même risque.

Subjectivement, elles ne vivent pas du tout la même expérience.

Nous avons souvent tendance à croire que nos décisions sont guidées par les faits. En réalité, elles sont aussi influencées par le sens que nous donnons à ces faits.

Ce n’est pas uniquement l’éventualité de l’échec qui nous freine. C’est ce que cet échec pourrait raconter de nous. Et cette distinction me semble essentielle.

Parce qu’elle explique pourquoi deux personnes peuvent avoir exactement les mêmes compétences… et pourtant ne pas oser les utiliser de la même manière.

Et si le vrai risque était de ne jamais vérifier nos hypothèses ?

Il y a une autre réflexion qui me revient souvent.

Lorsque nous attendons le bon moment, nous imaginons ce qui pourrait mal se passer, les erreurs que nous pourrions commettre, les regrets que nous pourrions ressentir, les critiques que nous pourrions recevoir.

Notre cerveau construit alors une multitude de scénarios, avec un objectif très simple : essayer de prévoir l’avenir.

Le problème, c’est que ces scénarios restent des hypothèses. Et tant que nous ne passons pas à l’action, elles ne seront jamais confrontées à la réalité.

Je trouve cela fascinant. Parce que nous avons parfois l’impression d’être prudents alors qu’en réalité, nous sommes surtout en train de nourrir des suppositions.

Certaines se révéleraient peut-être exactes, d’autres seraient probablement complètement fausses.

Mais nous ne le saurons jamais tant que nous resterons au même endroit.

Au fond, ne pas agir est aussi une décision. Simplement, c’est une décision qui donne l’illusion de ne pas en être une.

Car en attendant, le temps continue d’avancer, les opportunités évoluent. Nos envies changent, nos priorités aussi. Et choisir de ne rien faire aujourd’hui, c’est déjà choisir une direction. Cette idée est parfois difficile à accepter. Parce que nous avons tendance à croire que seule l’action produit des conséquences.

En réalité, l’inaction en produit également. Simplement, elles sont plus silencieuses.

Peut-on vraiment attendre de ne plus avoir peur ?

Pendant longtemps, j’ai pensé que les personnes courageuses étaient celles qui ressentaient moins de peur que les autres. Aujourd’hui, je crois que c’est une vision très réductrice.

La peur n’est pas toujours un signal qui indique qu’il faut renoncer. Elle peut aussi apparaître lorsque quelque chose compte profondément pour nous.

Si tu n’avais rien à perdre, tu ressentirais probablement beaucoup moins d’appréhension. Si tu étais totalement indifférente au résultat, tu hésiterais beaucoup moins.

Autrement dit, la peur n’est pas forcément le signe que tu vas dans la mauvaise direction. Elle peut simplement être le prix à payer lorsqu’une décision a de l’importance.

Cette nuance change beaucoup de choses, parce qu’elle nous invite à arrêter de considérer la peur comme un obstacle à éliminer avant d’agir et à commencer à la voir comme une émotion qui accompagne naturellement certaines étapes de la vie.

Cela ne signifie pas qu’il faut agir malgré tout, dans n’importe quelles conditions. Comme évoqué plus haut, certaines décisions demandent du temps, de la préparation, des ressources, de la réflexion.

Mais attendre que toute peur disparaisse avant d’avancer revient souvent à attendre quelque chose que personne ne peut réellement garantir.

En résumé

Peut-être que le problème n’est pas d’attendre. Le problème est parfois ce que nous attendons : nous attendons d’être certains, d’avoir toutes les réponses, de ne plus douter, de ne plus avoir peur.

Comme si ces émotions disparaissaient un jour définitivement avant chaque décision importante.

Pourtant, lorsque l’on écoute les récits de celles et ceux qui ont profondément changé leur vie, un point revient souvent : Ils ne disent pas qu’ils étaient enfin prêts, mais qu’à un moment, ils ont accepté qu’ils ne pourraient probablement jamais tout prévoir. Et qu’ils ont décidé d’avancer malgré cette part d’inconnu.

Peut-être que le “bon moment” n’est donc pas celui où toutes les conditions sont réunies.

Peut-être est-ce celui où nous cessons d’attendre une certitude que la vie ne pourra jamais nous offrir.


Pour aller plus loin…

Il est parfois difficile de savoir si l’on attend parce qu’une décision a besoin de mûrir… ou parce que quelque chose en nous cherche encore à éviter l’incertitude.

L’oracle Inner Shift peut t’aider à prendre du recul en explorant les questions qui se cachent derrière cette attente.

Et si tu souhaites approfondir cette réflexion, le carnet-compagnon Inner Shift t’accompagne avec des exercices d’introspection conçus pour t’aider à distinguer ce qui relève d’une préparation nécessaire… de ce qui relève peut-être d’une peur qui demande simplement à être comprise.


Sources

* Samuelson, W., & Zeckhauser, R. (1988). Status Quo Bias in Decision Making. Journal of Risk and Uncertainty, 1(1), 7-59.

** Carleton, R. N. (2016). Fear of the Unknown: One Fear to Rule Them All? Journal of Anxiety Disorders, 41, 5-21.

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