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22 mai 2025 · Cilia

Comment identifier ce que je ressens vraiment ?

Pourquoi est-il parfois si difficile de savoir ce que l’on ressent ? Découvre pourquoi nous confondons souvent émotions, pensées et besoins, et comment apprendre à mieux se comprendre.

Comment identifier ce que je ressens vraiment ?

Il y a une idée que nous tenons presque tous pour acquise : Nous pensons savoir ce que nous ressentons.

Après tout, nos émotions nous appartiennent. Elles se passent en nous. Qui pourrait mieux les connaître que nous ? Et pourtant…

Combien de fois as-tu répondu :

“Je ne sais pas ce que j’ai.”

Ou bien :

“Je suis bizarre en ce moment.”

Ou encore :

“Je suis stressée.”

Comme si ce mot suffisait à résumer tout ce qui se passait à l’intérieur.

Je trouve cette contradiction fascinante. Nous vivons avec nos émotions toute notre vie, et pourtant, il nous arrive parfois de mettre plusieurs heures, plusieurs jours, voire plusieurs années (c'est parfois même le travail de toute une vie) avant de comprendre ce que nous étions réellement en train de ressentir.

Comment est-ce possible ?

Une émotion ne se présente jamais en disant qui elle est.

Imagine un instant que les émotions puissent parler, comme dans le film Vice-Versa. La tristesse ne dirait pas :

“Bonjour, je suis la tristesse.”

La peur ne se présenterait pas davantage.

Une émotion ne porte jamais son nom. Elle apparaît sous la forme d’une expérience :

  • La respiration qui s'accélère.

  • Une poitrine qui se serre.

  • Le ventre noué.

  • Les mains moites.

  • Une envie de partir.

  • Ou, au contraire, l’impression de rester figée.

Tout cela arrive avant les mots. Ce n’est qu’ensuite que notre cerveau essaie de donner un sens à ce qu’il est en train de vivre. Il cherche une explication, une cause... Une histoire.

Et c’est précisément là que les choses se compliquent. Parce que notre cerveau n’interprète pas toujours correctement ce qui se passe.

Nous croyons ressentir une émotion, alors que nous racontons déjà une histoire.

Prenons une situation simple. Quelqu’un annule un rendez-vous à la dernière minute. Tu ressens immédiatement quelque chose. Mais presque aussitôt, ton dialogue intérieur prend le relais.

“Ce n’est pas grave.”

“Je savais qu’il finirait par me faire faux bond.”

“J’exagère.”

“Il doit avoir une bonne raison.”

“Pourquoi ça m’affecte autant ?”

En quelques secondes, tu es passée de l’expérience à l’interprétation. Or, ces deux choses sont très différentes.

L’émotion est immédiate. L’histoire que tu construis autour ne l’est pas.

Le problème, c’est qu’à force de vivre dans nos interprétations, nous finissons parfois par ne plus entendre l’émotion elle-même. Nous entendons surtout le commentaire.

Nous confondons souvent plusieurs choses.

C’est probablement l’une des plus grandes sources de confusion. Nous utilisons le mot “émotion” pour parler de réalités très différentes. Prenons quelques exemples.

“Je suis stressée.”

Le stress est-il une émotion ? Pas vraiment, c’est davantage un état d’activation du corps. Mais derrière lui peuvent se cacher :

  • la peur,

  • la pression,

  • l’incertitude,

  • la colère,

  • la honte,

  • ou même l’enthousiasme.

Autre exemple.

“Je me sens rejetée.”

Le rejet est-il une émotion ? Non plus. C’est une interprétation.

L’émotion derrière, peut être la tristesse, la peur, la colère. Ou même un mélange des trois.

Nous faisons cela en permanence : Nous nommons nos propres conclusions avant d’avoir identifié ce que nous ressentons réellement.

Certaines émotions apprennent à se déguiser.

Je crois que nous faisons souvent une erreur : nous imaginons que, si une émotion est importante, nous finirons forcément par la ressentir clairement.

En réalité, certaines émotions deviennent presque invisibles, non pas parce qu’elles disparaissent, mais parce que nous apprenons très tôt lesquelles ont le droit d’exister et lesquelles valent mieux cacher.

Un enfant ne décide pas consciemment de retenir sa colère ou de cacher sa peur : Il observe et comprend peu à peu ce qui est bien accueilli et ce qui ne l’est pas.

Si chaque colère est punie, il apprend à la ravaler. Si chaque larme est accueillie par un « Arrête de pleurer », il apprend à les retenir.

Si montrer sa peur est perçu comme un manque de courage, il apprend à faire semblant d’être fort.

Ces réactions ne sont pas des défauts, ce sont des stratégies d’adaptation.

Elles nous permettent de préserver le lien avec les personnes dont nous dépendons lorsque nous sommes enfants.

Le problème, c’est qu’à force de les utiliser, nous oublions qu’il s’agissait de stratégies. Nous finissons par croire qu’elles font partie de notre personnalité. Qu’"on est comme ça".

Alors qu’il est parfois simplement devenu plus facile de ressentir une émotion autorisée qu’une émotion interdite.

La colère peut ainsi masquer une profonde tristesse. L’humour peut cacher la honte. L’agitation peut devenir une façon de ne jamais rencontrer son anxiété. Le perfectionnisme peut être une tentative de ne jamais ressentir la peur de ne pas être assez.

Il est parfois plus facile de dire ce que l’on pense que ce que l’on ressent.

Prenons un exemple : une conversation. Lorsqu’une personne souffre, elle dit souvent :

« Ce n’est pas juste. »

« Je n’y arriverai jamais. »

« Personne ne me comprend. »

« Je suis incapable. »

Ce sont des pensées, et non des émotions.

Les pensées expliquent. Les émotions informent.

Les pensées racontent. Les émotions signalent.

Apprendre à faire la différence est loin d’être évident. Parce que nous avons passé beaucoup plus de temps à apprendre à réfléchir qu’à ressentir.

Et si ton corps avait compris avant toi ?

Reprenons ce que nous venons de voir. Une émotion apparaît d’abord sous la forme d’une expérience. Puis notre cerveau essaie de lui donner un sens.

Mais que se passe-t-il lorsque cette étape ne se fait pas ? Lorsque nous repoussons ce que nous ressentons, que nous le minimisons ou que nous passons immédiatement à autre chose ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, une émotion ne disparaît pas simplement parce qu’on ne la comprend pas. Il arrive qu’elle continue de s’exprimer autrement :

Par le corps.

Bien sûr, cela ne signifie pas que chaque douleur physique est d’origine émotionnelle. Une douleur ou un symptôme persistant mérite toujours d’être pris au sérieux et, si nécessaire, d’être évalué par un professionnel de santé.

En revanche, nous savons aujourd’hui que les émotions influencent réellement notre organisme. Un stress prolongé, une anxiété persistante ou une tension émotionnelle peuvent s’accompagner de manifestations physiques bien réelles.

Le ventre se noue (d'ailleurs ne dit-on pas que l'on a du mal à digérer une situation mal vécue ?)

La mâchoire est crispée.

Les épaules se contractent.

Le sommeil devient plus léger.

La fatigue s’installe sans que l’on comprenne vraiment pourquoi.

Ce que l’on appelle parfois la somatisation n’est pas un corps qui “invente” des symptômes. C’est un rappel que le corps et le psychisme ne fonctionnent pas séparément. Ils dialoguent en permanence.

Et parfois, le corps exprime avec des sensations ce que nous ne sommes pas encore capables de formuler avec des mots. Peut-être que la question n’est donc pas seulement :

« Qu’est-ce que je ressens ? »

Mais aussi :

« Y a-t-il quelque chose que mon corps essaie de me faire comprendre depuis un moment ? »

Peut-on vraiment apprendre à reconnaître ses émotions ?

Je ne crois pas qu’il existe une méthode infaillible. En revanche, je crois qu’il existe une habitude que nous avons presque tous perdue.

La curiosité.

Face à une émotion désagréable (à expérimenter j'entends), nous voulons très vite savoir comment nous en débarrasser. Et si nous changions de question ?

Au lieu de demander :

“Comment faire pour ne plus ressentir ça ?”

Nous pourrions commencer par demander :

“Qu’est-ce que cette émotion essaie de protéger ?”

Ou encore :

“Qu’est-ce qui a été touché en moi ?”

Ces questions ne donnent pas toujours une réponse immédiate. Mais elles ouvrent une porte. Et c’est souvent ainsi que commence la compréhension.

Comprendre ses émotions, ce n’est pas les faire disparaître.

Pendant longtemps, j’ai cru que comprendre une émotion permettrait de moins la ressentir. Comme si le fait de mettre un mot dessus suffisait à la calmer.

Aujourd’hui, je ne crois plus que ce soit son rôle : Comprendre une émotion ne la fait pas disparaître. Elle continue parfois d’être là, mais elle cesse peu à peu d’être un mystère.

Et je crois qu’il y a une grande différence entre souffrir d’une émotion et souffrir de ne pas comprendre ce qui nous arrive.

Une émotion n’est pas un problème à résoudre : c’est une information. Elle nous parle de nos besoins, de nos limites, de nos valeurs, de ce qui a été touché en nous.

Nous pouvons choisir de ne pas l’écouter, mais cela ne signifie pas qu’elle cesse d’exister.

Peut-être qu’apprendre à mieux se connaître ne consiste pas à ressentir moins mais que cela consiste simplement à devenir suffisamment curieuse de son monde intérieur pour ne plus avoir besoin de le fuir.


Pour aller plus loin...

Mettre un nom sur une émotion est rarement le point de départ. Le plus difficile est souvent d’oser rester suffisamment longtemps avec ce que l’on ressent pour laisser émerger une compréhension.

L’oracle Inner Shift peut t’offrir cette première pause. Une carte, une question, une citation… parfois, c’est tout ce qu’il faut pour regarder une émotion autrement, sans chercher immédiatement à l’expliquer.

Et si tu souhaites poursuivre cette exploration, le carnet-compagnon Inner Shift t’accompagne avec des exercices guidés et des temps d’écriture pensés pour t’aider à distinguer ce que tu ressens, ce que tu penses et ce dont tu as réellement besoin.

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