7 juillet 2026 · Cilia
Le deuil est-il vraiment une succession d’étapes ?
Déni, colère, marchandage, dépression, acceptation : ce modèle est partout. Mais le deuil se vit rarement ainsi. Ce qu’il faut savoir.

On te l’a sans doute déjà dit : le deuil se ferait en cinq étapes. Déni, colère, marchandage, dépression, acceptation. Une progression claire, presque rassurante.
Sauf que dans la vraie vie, rien ne se passe dans cet ordre. Et beaucoup de personnes finissent par croire qu’elles font leur deuil "mal".
D’où viennent ces fameuses étapes ?
Le modèle a été proposé par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross à la fin des années 1960. Elle ne décrivait pas les personnes endeuillées, mais des patients confrontés à l’annonce de leur propre mort.
Le modèle a ensuite été repris, simplifié, appliqué à tout : perte d’un proche, rupture, licenciement. Kübler-Ross elle-même a précisé plus tard que ces étapes n’étaient ni linéaires ni obligatoires.
Il reste utile pour mettre des mots sur des états. Il devient un problème quand on en fait un calendrier.
Ce que le deuil ressemble vraiment.
Le deuil ne monte pas en ligne droite. Il fonctionne par vagues. Une semaine presque normale, puis une odeur, une chanson, une phrase, et tout revient avec la même intensité qu’au premier jour.
Ces retours en arrière ne sont pas des rechutes. Ils sont la forme normale du processus.
Les émotions se mélangent aussi : on peut ressentir de la tristesse, du soulagement, de la colère et de la tendresse dans la même heure. Rien de tout cela n’est contradictoire.
Sur le même thème : Comment accueillir ses émotions sans se laisser submerger ?
Pourquoi ce modèle peut faire du mal ?
Quand on croit à une progression, on se compare à un tableau de marche. "Je devrais être à l’acceptation depuis longtemps." "Pourquoi suis-je encore en colère ?"
À la douleur s’ajoute alors un jugement sur la douleur. C’est cette deuxième couche, presque toujours, qui épuise le plus.
Le modèle donne aussi l’illusion d’une fin nette. Or le deuil ne se termine pas comme un traitement. Il change de place.
Une autre façon de le comprendre.
Des travaux plus récents décrivent le deuil comme un mouvement de va-et-vient : des moments tournés vers la perte (souvenirs, tristesse, manque) et des moments tournés vers la vie qui continue (travail, projets, liens). On oscille entre les deux, et c’est cette oscillation qui permet d’avancer.
Une autre image aide beaucoup : la douleur ne rétrécit pas forcément, c’est la vie autour qui s’élargit. Le manque garde sa taille, mais il occupe une part plus petite de l’ensemble.
Ce qui aide, concrètement.
Arrêter de mesurer. Il n’existe pas de durée normale. Certaines personnes sont bouleversées trois ans après, d’autres se sentent apaisées au bout de quelques mois. Aucune des deux n’a tort.
Nommer ce que tu ressens, sans le classer. Pas "je suis dans la phase colère", mais "aujourd’hui, je suis en colère et je ne sais pas contre qui".
Écrire. Poser sur le papier ce que tu n’oses pas dire à voix haute évite que tout tourne en boucle à l’intérieur.
Demander de l’aide quand la vie s’arrête. Si, après plusieurs mois, tu ne parviens plus à travailler, à manger, à voir qui que ce soit, ce n’est plus une question de temps : un accompagnement professionnel est utile.
Ce que dit la recherche aujourd’hui.
Les modèles contemporains ne décrivent plus une ligne, mais un mouvement de va-et-vient. On parle d’oscillation : le psychisme alterne entre des moments tournés vers la perte (souvenirs, larmes, colère) et des moments tournés vers la reconstruction (tâches concrètes, travail, nouveaux repères).
Cette alternance n’est pas de l’inconstance. C’est précisément ce qui rend la douleur supportable : on ne peut pas être en contact permanent avec l’absence sans s’épuiser.
Ce qui coince, ce n’est donc pas de passer d’un état à l’autre en quelques heures. C’est de rester bloqué d’un seul côté, trop longtemps.
Ce que ça change dans le quotidien.
Un jour ne prédit pas le suivant. Une bonne journée n’annonce pas la fin du chagrin, une mauvaise ne signifie pas un retour au départ.
Les gestes ordinaires comptent. Dormir, manger, sortir, avancer sur une démarche administrative : ce sont des ancrages, pas des fuites.
Il n’y a pas de calendrier. Les repères sociaux — « au bout d’un an » — n’ont aucune valeur clinique. Certaines personnes vont mieux plus vite, d’autres beaucoup plus lentement, sans que cela dise quoi que ce soit de leur attachement.
Quand chercher de l’aide.
Il existe des situations où l’accompagnement change vraiment les choses : quand la douleur reste identique en intensité après de longs mois, quand elle empêche de travailler ou de s’occuper de soi, quand des idées noires apparaissent, ou quand le corps décroche durablement (sommeil, poids, douleurs).
Demander de l’aide n’est pas un aveu de fragilité. C’est simplement reconnaître qu’un deuil se traverse rarement bien tout seul.
Pour résumer.
Le deuil n’est pas une succession d’étapes à valider. C’est un mouvement irrégulier, fait de vagues, de retours en arrière et de moments d’accalmie, qui n’a ni ordre imposé ni date de fin.
La question n’est donc pas "où devrais-je en être ?", mais "de quoi ai-je besoin aujourd’hui ?".
Pour aller plus loin...
Traverser une perte demande de la douceur et un espace pour déposer ce qui se bouscule, pas un programme à suivre.
L’oracle Inner Shift t’invite à ralentir et à accueillir ce que tu traverses, grâce à des cartes pensées pour nourrir l’introspection sans forcer.
À explorer ensuite : Pourquoi refouler ses émotions ne les fait pas disparaître ?
Et si tu souhaites aller plus loin, le carnet-compagnon Inner Shift t’accompagne avec des exercices de journaling et des réflexions guidées pour mettre des mots sur ce qui te traverse, à ton rythme.