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15 août 2025 · Cilia

"Il y a pire" : une phrase qui fait plus de mal que de bien

"Il y a pire." Cette phrase se veut souvent réconfortante, mais elle peut aussi nous apprendre à minimiser nos émotions. Découvre pourquoi comparer les souffrances ne nous aide pas à aller mieux.

"Il y a pire" : une phrase qui fait plus de mal que de bien

"Rhooo… il y a pire !"

Il suffit de 4 mots pour que la conversation change de direction. La personne en face pense parfois bien faire. Elle essaie de relativiser, de rassurer, de nous empêcher de nous enfermer dans notre douleur. Son intention est sincère. Pourtant, cette phrase laisse un goût amer ! (Perso, je ne peux plus l'entendre sans que mon poil se dresse 😅). Comme si, au lieu d’être écouté, on venait de nous expliquer que ce que l’on ressent n’était finalement pas si important.

Avec le temps, on finit même par intégrer cette façon de penser. Avant de laisser une émotion s’exprimer, on la compare.

Est-ce que j’ai vraiment une bonne raison d’être triste ? Est-ce que j’ai le droit d’être en colère ? Est-ce que je ne suis pas en train d’exagérer ? Sans nous en rendre compte, nous cherchons à savoir si notre souffrance mérite d’exister.

Les émotions ne connaissent pas l’échelle de gravité.

Il est évident que certaines situations sont objectivement plus graves que d’autres. Personne ne dira qu’une rupture est comparable à une guerre ou qu’un examen raté ressemble à un deuil. Les faits, eux, peuvent être comparés.

Les émotions, beaucoup moins.

Perdre un chien peut bouleverser une personne pendant des mois, des années. Pour quelqu’un d’autre, ce sera un événement triste, mais vite surmonté. Une remarque anodine peut glisser sur certains et atteindre profondément d’autres. Ce n’est pas parce que l’un réagit davantage qu’il est plus fragile ou moins raisonnable. C’est simplement que cette situation n’a pas la même histoire, ni la même signification, pour chacun.

Nous oublions souvent que les émotions ne répondent pas aux événements. Elles répondent au lien que nous entretenons avec eux.

La comparaison crée souvent une deuxième souffrance.

Lorsqu’on entend "il y a pire", il arrive que l’on commence à minimiser ce que l’on ressent. On se dit que l’on devrait être reconnaissant, que d’autres traversent des épreuves bien plus difficiles, que l’on n’a pas de raison de se plaindre.

Sur le papier, cela paraît plein de bon sens. Dans la réalité, cela ajoute souvent une nouvelle couche de douleur.

Le problème n’est pas que cette phrase fasse disparaître notre émotion. Si seulement c’était aussi simple. Le problème, c’est qu’elle lui en ajoute souvent une autre. Nous étions déjà tristes, déçus ou en colère. Nous voilà maintenant coupables de l’être. Comme si ressentir ne suffisait pas, il fallait aussi prouver que notre souffrance était "assez grave" pour être légitime.

Comprendre n’est pas dramatiser.

Accorder de la place à une émotion ne signifie pas transformer chaque difficulté en catastrophe. Il existe une différence entre reconnaître une souffrance et s’y enfermer.

Tu peux être profondément affectée par la mort de ton chien sans oublier que d’autres vivent des drames plus lourds. Tu peux pleurer la fin d’une amitié sans prétendre que cette douleur est la plus grande qui soit.

Les deux réalités peuvent coexister.

Reconnaître la souffrance des autres ne devrait jamais t’obliger à nier la tienne.

D’ailleurs, nous ne faisons jamais ce raisonnement avec les émotions agréables. Personne ne dit : "Ne sois pas heureux, quelqu’un d’autre vit un bonheur encore plus grand que le tien."

Pourquoi appliquer cette logique uniquement à la tristesse, à la colère ou à la déception ?

Derrière chaque émotion, il y a une histoire.

Deux personnes peuvent vivre exactement la même situation et ne pas ressentir la même chose. C’est parfois déroutant, mais c’est aussi ce qui rend les émotions profondément personnelles.

Une critique peut réveiller des années de manque de confiance. Un simple déménagement peut représenter la fin d’un chapitre de vie. La perte d’un animal peut être vécue comme celle d’un membre de la famille.

Vu de l’extérieur, il est facile de juger l’intensité d’une réaction.

Vu de l’intérieur, chaque émotion s’inscrit dans une histoire que personne d’autre ne connaît entièrement.

C’est aussi pour cette raison qu’il est rarement utile de se demander si une émotion est "normale". Une question plus intéressante serait peut-être : qu’est-ce que cette émotion raconte de moi ? Pourquoi cette situation me touche-t-elle autant ? À quoi fait-elle écho dans ma vie ?

Ce sont des questions auxquelles on répond rarement en quelques minutes. Elles demandent du temps, du calme et un espace où l’on peut réfléchir sans avoir à se justifier.

Et si nous arrêtions de nous mettre nous-mêmes au tribunal ?

À force d’entendre certaines phrases, nous finissons par les reprendre à notre compte.

"Je dramatise."

"Je devrais passer à autre chose."

"C’est pas si grave."

Peut-être. Ou peut-être que cette émotion essaie simplement d’attirer ton attention sur quelque chose qui compte pour toi.

Toutes les émotions ne demandent pas à être suivies. Elles ne disent pas toujours la vérité sur le monde. En revanche, elles disent toujours quelque chose sur la manière dont nous vivons une situation. Les balayer d’un revers de main ne les fait pas disparaître. Cela nous prive seulement de l’occasion de mieux nous comprendre.


Pour aller plus loin…

La prochaine fois que quelqu’un te dit encore : "Il y a pire."

Tu n’auras peut-être pas envie de débattre, ni de convaincre cette personne (et même plutôt de l'insulter 🫣😁). Mais tu peux te rappeler une chose : reconnaître la souffrance des autres ne t’oblige pas à minimiser la tienne, et répondre simplement :

« Je sais qu’il y a pire. Ça n’empêche pas que ce soit difficile pour moi. »

Les deux réalités peuvent coexister. La compassion n’est pas une ressource limitée. On peut avoir une pensée sincère pour ceux qui traversent des épreuves immenses, tout en accueillant avec bienveillance ce qui nous fait souffrir aujourd’hui.

C’est précisément ce que propose le carnet-compagnon Inner Shift. Au lieu de te demander si ton émotion est légitime, il t’invite à l’explorer à travers des questions guidées et des exercices d’introspection. Parce que comprendre ce que l’on ressent est souvent plus utile que chercher à savoir si l’on avait le droit de le ressentir. L’oracle Inner Shift peut aussi être une belle porte d’entrée : une carte, une question, puis quelques minutes pour laisser émerger une réflexion que l’on n’aurait peut-être jamais prise le temps d’avoir.

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